Argentine

Mendoza, oasis urbaine en lutte pour son eau

By 28 janvier 2020 No Comments

On sort du bus, on prend un taxi, beaucoup de bouchons. La voiture s’arrête : une manifestation barre la route. On paye le taxi, on sort la caméra et on filme. Bienvenue dans la ville de Mendoza, capitale… de la province de Mendoza, région connue pour ses vins et son savoir vivre. En ce mois de décembre 2019, cette ville calme et verdoyante est en ébullition.

En cause, un projet de réforme de la loi 7222 qui régit les activités minières et leurs impacts sur la ressource eau. Tout juste élu, le nouveau gouverneur de la province fait passer cette loi en urgence. Cette réforme, promue par le secteur minier et la quasi totalité des groupes politiques, divise profondément la population. Si les arguments économiques s’entendent, dans un contexte de profonde crise, les éventuels impacts sur l’environnement et en particulier sur l’eau laissent sceptiques une partie de la population. En tout cas, celle-ci se mobilise dans la rue, en nombre.

Nous voila donc à Mendoza. L’objectif de notre venue : rencontrer Marcelo Giraud, professeur de géographie à l’université et militant de l’Assemblée Populaire pour l’Eau, avant de poursuivre notre route vers le Chili. L’idée est aussi de profiter de notre venue pour trouver un autre sujet de vidéo. En effet, Mendoza est une oasis. L’Homme a transformé cette terre aride en terre agricole et vinicole grâce à sa maitrise de l’eau. Mendoza doit tout à la gestion de l’eau. On va bien trouver une idée.

En quelques jours, on a le temps de découvrir la ville, faire des rencontres etc.. La première chose qui frappe dans cette ville, c’est son coté verdoyant : des arbres, partout. Sous la canopée, il fait frais. Du coup, contrairement aux autres villes Argentine par lesquelles on est passés, les gens vivent beaucoup dans la rue. Il y’a énormément de terrasses. Ca fait plaisir. Mais cela ne doit rien au hasard. Car la 2ème chose qui marque le visiteur à Mendoza, c’est ses canaux. Chaque rue de Mendoza a la même configuration. La route au milieu, et de chaque coté, entre le trottoir et la route, deux petits canaux appelés « acéquias ». C’est grâce à eux que les abres sont irrigués et peuvent se développer. Le voilà notre nouveau sujet : l’irrigation urbaine et la canopée de Mendoza !

On continue à faire des contacts, on cherche des personnes qui peuvent nous renseigner sur les « acéquias », on assiste à une immense manifestation (la plus grande à Mendoza depuis le retour de la démocratie en 1983), on prend rendez-vous avec Marcelo, on bosse sur le montage des vidéos etc… Noël arrive, un peu bizarre d’être à la fois loin de nos familles et de souffrir sous 35°C. Heureusement, le 24 décembre, la “zonda” se lève. Ce vent venant de la Cordillère balaye la ville qui se retrouve couverte d’un manteau de sable. Le bon coté : la température chute de plus de 10°C. Le lendemain, le 25 décembre, nous sommes invités chez la propriétaire de notre appart Airbnb. Pas possible de se baigner, trop froid pour nous, mais discussions intéressantes et convivialité sont au rendez-vous. On discute de la loi 7222, en effet certains membres de la famille travaillent dans le secteur minier… et sont favorables à la réforme.

Après noël, il est temps de se mettre à cette vidéo sur l’irrigation urbaine à Mendoza. Mais qui contacter ? Le mari de Rosana, notre propriétaire AirBnb, a un ami qui travaille à la direction provinciale de l’eau. On le contact puis on le rencontre. Il s’appelle Sergio, a la cinquantaine, et forme un improbable duo avec son jeune collègue de 25 ans à peine. Ils sont hyper chauds pour la vidéo, passent des coups de fil… Bref, ils sont à fond. Finalement, on les retrouve le lendemain et ils nous conduisent rencontrer Mario Salomon, un universitaire spécialiste de la gestion de l’eau à Mendoza. Après une conversation d’une heure, on prend rendez-vous deux jours après pour faire une interview vidéo.

Même si on peut avoir l’impression qu’on ne fait que voyager, visiter et nous reposer, en réalité nous n’avons que très peu de moment « tourisme ». En fait, on bosse pas mal. Noël passant par là, et un chèque de la grand-mère arrivant sur notre compte en banque, on en profite. On loue une voiture, direction la Cordillère. 4 jours magiques, sur des routes magnifiques, des thermes, des balades etc…

Le réveillon du 31, on prévoit rien de spécial. On trouve, par l’appli IOverLander, un coin tranquille dans la montagne au bord d’une rivière pour camper. On arrive, on voit un van/campingcar/4×4 immatriculé en France. On fait donc la rencontre de Ju, Salo et leurs deux enfants. On passe la soirée avec eux, contents de boire de bonnes bières fraiches (ils ont un frigo !), de faire un barbecue etc… Mais surtout contents de partager ce moment avec eux et de découvrir leur parcours : Il y’a un an et demi ils ont tout plaqué, acheté un van et sont allés en Alaska. Leur but ? Parcourir le continent du nord au sud, avec comme objectif d’arriver en Terre de Feu. Mais comment à 38 et 40 ans, avec 2 enfants de 4 et 8 ans, se dire qu’on va réaliser un truc comme ça ?

A la base tous deux travaillent dans une grande banque française, en finance, à la Défense. Ils travaillent beaucoup, se ménagent peu, l’argent rentre. Ils ont des enfants, lèvent un peu le pied mais enchainent toujours des journées intenses. Le travail prend le pas sur le reste : la famille, les anniversaires. A cela s’ajoute le manque de reconnaissance, une ambiance qui se dégrade… Bref, le burn out est là. Il est arrivé. Du coup, ils sont partis.

De retour à Mendoza, on fait enfin l’interview avec Marcelo (qu’on aura finalement eu du mal à capter). Après presque 2 semaines à Mendoza, il est temps de partir. 7h de bus plus tard, nous voilà à Santiago du Chili.